Le fantabuleux blog de Kevo42

White bird - Gregg Araki

dimanche 5 octobre 2014, par Kevo42

J’ai eu la chance d’assister à un certain nombre d’avant-premières ces derniers temps, ce qui veut dire qu’un certain nombre de critiques vont arriver ici dans les jours à venir. On commence avec la jolie Shailene Woodley, qui est venue nous faire un petit coucou à l’UGC les Halles pour présenter son nouveau film : White Bird. Un film assez attendu en ce qu’il s’agit du nouveau Gregg Araki après le réjouissant mais un peu bâclé Kaboom. Et l’on va voir que si la tonalité diffère profondément, le film n’en est pas tellement meilleur pour autant.

On a beaucoup vu Shailene Woodley en cette année qui l’a vue passer du statut de jeune actrice indépendante intéressante (The descendants, The spectacular now) à celui de nouvelle star mondiale du cinéma (Divergente, Nos étoiles contraires), à tel point que l’on a désormais totalement oublié qu’elle devait jouer Mary-Jane Watson dans les nouveaux Spider-Man. White bird in a blizzard pour reprendre le titre anglais, la voit revenir à ses racines, oubliant l’espace d’un instant son nouveau public adolescent.

Si White Bird n’est pas le Spring Breakers de Shailene Woodley, on est tout de même là face à un film au ton résolument libéré, qui s’adresse à un public qui a l’âge de son héroïne.

Car si le film est l’un des plus sages de la carrière de son réalisateur, on parle tout de même d’une œuvre de Gregg Araki. Celui qui se fait repérer pour son univers gay, exubérant et dépressif à la fois, va atteindre un premier pic de popularité avec the Doom Generation et Nowhere, où des jeunes gens libérés sexuellement se heurtent de manière violente voire gore au mur de la vie. Gregg Araki est alors un cinéaste qui représente parfaitement les années 90 : son désespoir mais aussi ses filtres de couleur et sa musique branchée.

Arrivé dans les années 2000, il est temps de se réinventer. Vient Mysterious skin, film en apparence apaisé, très remarqué, où un jeune homme qui pense avoir été enlevé par les extraterrestres quand il avait huit ans, découvre que la réalité est à la fois bien plus simple et bien plus horrible. C’est à ce film, bien plus qu’à Happy Smile (une stoner comedy pas très drôle) ou à Kaboom (qui reprend l’éxubérence foutraque des jeunes années, mais avec un peu moins d’énergie) qui ont suivi, qu’il faut rattacher White Bird.

Comprendre le passé pour avoir un avenir

En effet White Bird comme Mysterious skin est l’histoire d’un blanc dans le récit d’une vie.

A la fin des années 80, Kat est une lycéenne ordinaire : elle sort en boîte avec ses amis Arakiesques (l’occasion de voir Shailene en look new-wave, ce qui vaut le détour), couche avec son petit ami qui est aussi son voisin (l’occasion de voir l’actrice toute nue, pour les accrocs au fappening), et se prend la tête avec sa mère (Eva Green, toujours là pour les réalisateurs bis).

Un jour en rentrant de l’école, elle voit son père (Christopher Meloni de la série New York Unité spéciale) paniqué : sa mère a disparu. Les recherches ne donneront rien, et la vie continuera, avec ce manque, et ce mystère.

A partir de là, le film explore trois directions :

- L’histoire de Shailene : son copain distant, le bel inspecteur viril, et ce moment de la vie où l’on quitte la banlieue résidentielle pour partir à la fac.

- L’histoire de sa mère, qui est l’oiseau blanc dans le brouillard : une femme qui ne supportait plus de voir sa vie partir dans le néant, et qui disparaît au moment où elle pourrait, peut-être, refaire sa vie.

- L’histoire de la journée de sa disparition, que l’héroïne va petit à petit reconstituer au fil des conversations avec sa psy (psy jouée par Angela Bassett, ce qui, en plus de la présence de Sheryl Lee, donne un petit côté 90’s au film), qui lui permettront de comprendre ce qu’il s’est passé et de tourner la page.

On retrouve bien là les thèmes des romans de Laura Kasischke, où les femmes sont constamment l’objet d’une menace sourde, qui s’exprime dans le secret, et que l’on ne comprend qu’au terme d’un effort pour reconstituer le puzzle du quotidien (attention, ce lien contient des spoilers sur l’intrigue de ce film : je vous invite à n’en lire que le début).

Un film assez terne

Malheureusement, White Bird est un film qui confond subtilité et immobilité. Si la réalisation est plutôt propre, et le scénario compréhensible, il est difficile d’en retirer un sentiment plus satisfaisant en sortant de la salle qu’un « Moui, bon. »

En effet, le film souffre de deux gros défauts. Tout d’abord, son manque d’intensité d’autant plus évident quand on le compare au Mommy de Xavier Dolan. Si cette impression de mollesse peut se justifier en disant que l’on n’est pas dans une situation de crise constante, mais dans une prise de conscience très progressive de l’enfermement des femmes et de leur fragilité face à la violence masculine, elle n’est malheureusement pas très cinématographique. Les dialogues mous se succèdent, chaque acteur attendant bien que l’autre ait terminé sa phrase, et les quelques émotions fortes, comme des cris ou des pleurs, semblent déplacés.

Ensuite, et cela découle tout naturellement du premier défaut : tout ceci n’est pas bien intéressant. Que ce soit l’histoire de Kat et ses amants, ou de sa mère et de son bœuf strogonoff, que ce soit les scènes de boîte de nuit ou de rêve, chaque thème, chaque scène est clairement identifié et semble avoir été traité d’une manière plus saisissante dans un autre film : que ce soit par exemple la sortie de l’adolescence dans Boyhood ou l’enfermement du quotidien dans les noces rebelles.

Et alors c’est bien ?

Et bien, non, vous l’avez compris, ce n’est pas terrible. Pas affreux non plus, mais très moyen. Très professionnel. Et pour un film venant de Gregg Araki, cette indifférence sonne presque comme une insulte.

Si White bird n’est pas lesté par de grosses fautes de goût, si les morceaux des Cocteau Twins ou de Slowdive rythment de belle façon le film, rien ne s’impose, et l’on sort de la salle avec la sensation que demain nous aurons déjà tout oublié, et que le film, tel Eva Green disparaîtra vite de notre esprit comme un oiseau blanc dans le brouillard.

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