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Lecture de la semaine 21 au 30 août 2016 : le grand jeu et O Senseï

mercredi 31 août 2016, par Kevo42

Le grand jeu – Céline Minard

Céline Minard est une autrice libre. D’un roman à l’autre, elle change de genre ou d’époque, avec pour seule constance une capacité à mêler densité littéraire et pointes de violence ou de vulgarité bien senties. Après le succès remporté par Faillir être flingué, elle revient avec un roman attendu et surprenant. Si Bastard battle (dont je vous parlais ici) et Faillir être flingué étaient des histoires d’une communauté qui se formait dans l’adversité, Le grand jeu revient à la solitude qui était au cœur du Dernier monde.

Le grand jeu est le récit à la première personne de la rencontre entre une femme d’affaire et une montagne. Elle choisit de s’isoler dans une maison bâtie pour fonctionner en autonomie, et veut vivre dans la nature, faisant pousser son potager et chassant sa viande. Si vous avez l’intention de lire le livre, je vous conseille de vous en tenir à ce pitch et de ne pas lire la quatrième page de couverture qui en dit trop à mon goût.

Là où Bastard Battle et Faillir être flingué étaient des livres généreux en histoire, Le grand jeu est un roman court et rugueux. En s’appropriant la voix d’une femme habituée à l’exactitude, Céline Minard adopte un style concis et précis. Le récit des journées passées à explorer et à s’approprier un paysage dépourvu d’humanité alterne avec des réflexions philosophiques sur les raisons qui nous poussent à agir, sur la menace ou sur le jeu, un peu comme si le Walden de Thoreau rencontrait les Recherches philosophiques de Wittgenstein. Évidemment, l’isolement et le pouvoir de la nature auront des effets sur le récit, avec des pointes de poésie sèche.

Le grand jeu est un roman court qui, comme une nouvelle prend son sens à partir de sa fin. Je suis assez curieux de voir la réaction des lecteurs car il est loin d’être facile : un peu ennuyeux jusqu’à sa moitié, assez obscur dans son but jusqu’à la fin, beaucoup d’éléments du récit se glissant dans les non-dits. Il rappelle quelque part les romans courts et abstraits de Don DeLillo comme Body Art ou Point Omega. Pas le livre le plus fun que vous lirez cette année mais marquant.

O senseï - Edouard Cour

Edouard Cour est un auteur de bande dessinée français très prometteur. Après Herakles, dont je vous avais parlé ici il s’attaque à une autre figure mythologique, bien que plus contemporaine : Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido. Figure mythologique pour deux raisons : tout d’abord car la somme d’histoires qui l’accompagne lui donne une dimension qui va au-delà de l’humain. Ensuite car Edouard Cour reprend le type de narration vu dans Herakles et dépeint autant l’homme que le symbole qu’il représente.

Le récit se divise en deux parties : une première partie biographique où l’on suit Morihei Ueshiba à trois moments de sa vie : - après la première guerre mondiale où il rencontre Sokaku Takeda (qui lui apprendra les techniques basées sur l’exploitation de la force d’autrui) et Onisaburo Deguchi (dont il développera la philosophie religieuse) - lors d’une démonstration à un militaire japonais où il atteindra la révélation de l’aïkido - et enfin dans sa vieillesse.

- Une deuxième partie où l’on suit l’enseignement du O senseï, qui pose le sens de l’aïkido.

Visuellement, O senseï est une merveille. Edouard Cour varie les techniques de dessin d’une époque à l’autre, dans un noir et blanc superbe. On retrouve toutes les qualités de dynamisme vues dans Herakles, associées à une utilisation très intelligente des double-pages. Le bas blesse au niveau de la narration. O senseï est un album frustrant.

Herakles était un récit en 3 tomes et il en manquait un pour être parfaitement fluide. Un volume pour raconter l’histoire de Morihei Ueshiba semble bien insuffisant. L’auteur le dit en postface, il y aurait de quoi en remplir une dizaine de tomes. Le problème est que la séparation entre les deux phases est trop nette. D’un côté on a une quête initiatique qui rappelle celle d’Alcide et qui est assez passionnante. D’un autre on a un résumé de la philosophie de l’Aïkido qui est trop court pour être vraiment convaincant, et ressemble un peu trop à ce que pourrait proposer la revue dessinée.

Au final, O senseï est un bon album, mais il aurait pu être exceptionnel. On peut imaginer qu’Akileos n’avait pas forcément les moyens de se lancer dans une aventure en plusieurs volumes après les trois d’Herakles, mais en l’état, le déséquilibre entre les deux parties est trop fort, et c’est vraiment vraiment dommage.

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