Le fantabuleux blog de Kevo42
Accueil du site > Les livres > Le sel - Jean-Baptiste Del Amo - 2010

Le sel - Jean-Baptiste Del Amo - 2010

lundi 18 février 2013, par Kevo42

Je profite normalement du week-end pour vous faire parvenir quelques critiques cinématographiques. Il y a des tas de films dont je pourrais vous parler, mais pour jouer la surprise, je vais plutôt aborder ici un roman, et pas n’importe lequel. Le sel, de Jean-Baptiste del Amo, est une oeuvre très exigeante à plus d’un point de vue. Mais y-a-t-il un trésor littéraire derrière cet abord difficile ? C’est ce qu’on va voir maintenant.

De quoi ça parle ?

A Sète, une femme âgée attend la visite de ses enfants pour manger. Cette journée sera pour tous l’occasion de faire le point sur leurs vies, toute marquées par Armand, mari et père violent, tyrannique, et mystérieux.

Un roman comme un lancinant morceau de kora

Le sel est un roman qui a été globalement accueilli comme une déception par les lecteurs de son premier roman : une éducation libertine. Ne l’ayant pas lu, je m’abstiendrai de toute comparaison. Ma découverte de Del Amo a eu lieu aux escales du livre 2009, lors d’une lecture qu’il avait faite en compagne de thee, stranded horses. Ce dernier, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un musicien folk qui joue de la guitare et de la kora. Cette lecture de textes écrits par Del Amo et surtout extraits d’autres auteurs, était marquée par deux mots : langueur et extrême. Langueur car les textes choisis avaient beaucoup à voir avec le rythme de l’eau, le frôlement des corps, le temps qui passe, soutenus par les rythmes lancinants de l’accompagnement musical. Extrême car en lisant entre autres des textes de Jean Genet, ou Bataille, Del Amo montrait qu’il n’avait pas peur de prononcer des termes crus, du genre qu’on a un peu honte de lire en bibliothèque, pleins de sang et de foutre.

Le sel est pour moi le prolongement direct de cette lecture.

Un roman fortement marqué par Virginia Woolf...

Le fantôme de Virginia Woolf plane sur les pages du sel, en terme de structure et de style. Structure d’abord car de toute évidence Del Amo a lu et apprécié les Vagues. Les deux sont des récits chorals, écrits en narration interne, où la vie des personnages narrateurs gravite autour d’un personnage qui ne s’exprime pas (Perceval dans les Vagues, Armand dans le Sel).

Niveau structure encore, on pense à Miss Dalloway : toute l’action se déroule sur une journée, organisée par une femme, qui en profitera pour faire le point sur son passé.

Pour ce qui est du style, Del Amo s’inspire de certaines figures rhétoriques de Woolf, reprenant presque à l’identique la célèbre image des cercles de plomb se dispersant dans l’air de Miss Dalloway. Surtout, c’est dans la composition de ses phrases, extrêmement sophistiquées et précises, que la parenté se fait explicite. Si vous aimez le style sujet-verbe-complément d’Olivier Adam, passez votre chemin, car ce n’est pas du tout ce genre de littérature.

Le sel

Cliquez sur la couverture pour lire les premières pages du roman

… inscrit dans une réalité noire de chez glauque.

Le sel n’est pas la fête à Neu-Neu. Tous les personnages, mais vraiment tous ont un trauma. Et pas un petit trauma. Un gros. Il y a des enfants battus, il y a la découverte plus ou moins facile de son homosexualité, il y a des enfants morts, il y a des maris violents, il y a des vieillards agonisants tyranniques et indignes, il y a la mer, Sète, les marins pêcheurs bourrés, la dépression, l’incompréhension totale de ces gens liés par le sang mais qui n’ont rien de commun.

C’est chargé. Et on en revient à ce que je disais de la lecture aux Utopiales de Bordeaux : de la langueur, mais aussi du glauque. Le soleil, le sperme, le sang, Bataille, etc.

Le style de Jean-Baptiste Del Amo est comparable à ce tableau de de Giger intitulé Cataract : derrière la tranquillité d’une chute d’eau se cachent toujours des crânes et des serpents dégueulasses.

Et alors, c’est bien ?

C’est bien mais c’est pas pour tout le monde. Déjà le roman est très référencé et peut énerver pour ce côté savant fou : que se passerait-il si Virginia Woolf avait élevée un enfant avec Jean Genet ? Ensuite, il y a ce phrasé hyper littéraire, qui prend son temps et qui peut plaire ou pas. Enfin, il y a une lecture très dure et sordide, avec une montée dans l’atroce, qui part pourtant de haut, mais continue à augmenter encore, culminant par un récit d’accident atroce et par l’exil sordide d’Italiens après la seconde guerre mondiale.

Le sel est un roman comme une plaie qui ne se ferme pas sans laisser une violente cicatrice.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0